Vous êtes à Cabanaconde, 3 287 m. Devant vous, une faille large de 3 kilomètres plonge dans le vide. Au fond, 2 000 m plus bas, le fleuve Colca coule entre les palmiers de l’oasis de Sangalle. Un condor passe à hauteur de vos yeux.
Le canyon de Colca est le troisième canyon le plus profond du monde (3 270 m de paroi). On y descend par un sentier muletier en lacets vertigineux. On y remonte par le même chemin, sous un soleil qui dépasse 35°C. Entre les deux, une nuit dans une oasis de piscines naturelles et de hamacs, sans électricité, sans bruit.
Infos pratiques — Canyon de Colca
Le Trek
Jour 1 — Cabanaconde à l’oasis de Sangalle (3 287 m → 2 000 m)
Le sentier commence au bord du village, à la sortie de la place de Cabanaconde. Pas de transition : vous êtes au bord du vide en trente secondes. Les premiers lacets taillés dans la paroi plongent directement dans le canyon. Le sentier est large (parfois 2 m), bien tracé, mais la pente est immédiate : certains passages à 30% vous obligent à freiner de chaque pas, les cuisses en tension permanente.
Le versant exposé plein est reçoit le soleil dès 7h. Après 45 minutes de descente, vous passez devant une petite croix de pierre, seul repère humain sur la paroi. La vue s’ouvre alors sur l’ensemble du canyon : la faille large de 3 km, les terrasses pré-incas cultivées sur l’autre versant, et en contrebas, la tache verte de l’oasis qui semble encore loin.
Au deuxième tiers de la descente, la végétation change. Les cactus et les buissons secs du haut laissent place à des bambous, des figuiers de Barbarie et des fleurs tropicales. La température monte brutalement quand vous passez sous la ligne des 2 500 m. À 2 000 m, l’air est lourd, humide, à plus de 35°C en milieu de journée.
L’arrivée à Sangalle est un choc thermique et visuel. Une piscine naturelle creusée dans la roche, des palmiers, des hamacs entre les bambous. Des lodges basiques en adobe et torchis : Oasis Paraíso, Oasis del Colca, quelques autres. Bières fraîches dans une glacière, repas simples (riz, poulet, légumes) servis à la bougie. Pas d’électricité après 22h. Seulement les étoiles et le bruit du ruisseau.
Détail pratique : comptez 2h30 à 3h pour la descente, prévoyez 1,5 L d’eau pour la descente seule. Les bâtons de marche sont utiles pour soulager les genoux dans les passages à 30%. Départ recommandé : 8h-9h pour arriver à l’oasis avant la chaleur maximale.
Jour 2 — Remontée de Sangalle à Cabanaconde (2 000 m → 3 287 m)
Le réveil est à 5h si vous voulez éviter le pire. Le lodge sert le petit-déjeuner aux premières lueurs. La remontée est le vrai morceau du trek : 1 200 m de dénivelé positif en 2h30 à 3h, sans aucune ombre sur les deux premiers tiers du parcours.
Le sentier est le même qu’à la descente, mais vu dans l’autre sens. Les lacets qui descendaient facilement deviennent des murs. Le rythme est lent : 30 pas, une pause, 30 pas. Le soleil frappe la paroi est dès 7h30, et la température grimpe vite. À 9h, il fait déjà 30°C sur la paroi exposée. À 10h30, la chaleur devient écrasante.
Un seul repère sur la montée : la petite croix de pierre au deuxième tiers. Vous la voyez longtemps avant de l’atteindre. C’est le moment où la plupart des gens finissent leur eau. Passée la croix, la pente s’adoucit légèrement et les premiers buissons offrent un peu d’ombre. Les dernières centaines de mètres jusqu’à Cabanaconde sont les plus dures mentalement : le village est en vue, mais le sentier serpente encore.
Détail pratique : prévoyez 2 L d’eau minimum pour la remontée. Partez avant 6h. La crème solaire et un chapeau sont obligatoires : il n’y a pas d’ombre sur la paroi. Les bâtons de marche soulagent considérablement la montée.
Variante prolongement : au lieu de remonter directement à Cabanaconde, vous pouvez bifurquer vers le village de Tapay (2 900 m, 2h de montée supplémentaire depuis Sangalle par un sentier moins fréquenté). Tapay est un village non relié au réseau routier, avec une petite place, une église coloniale et quelques familles qui accueillent les marcheurs pour la nuit. De là, une deuxième journée de marche vous ramène à Cabanaconde par un itinéraire différent, en passant par Malata et les terrasses cultivées de l’autre versant.
Option 3 jours — Boucle complète par San Juan de Chucco
La variante la plus complète ajoute un canyon secondaire et une deuxième nuit au fond. Depuis Sangalle, vous descendez vers San Juan de Chucco, un hameau encore plus isolé, où le fleuve Colca coule entre des parois resserrées. La journée 2 serpente dans ce canyon secondaire, avec des passages où il faut traverser le lit de la rivière à gué. Nuit à San Juan de Chucco ou dans le camping sauvage au bord de l’eau. Jour 3 : remontée par un sentier différent jusqu’à Cabanaconde, avec une vue plongeante sur l’ensemble du canyon depuis le mirador de la Malata.
Cette option nécessite un guide ou une très bonne navigation (la trace est moins marquée que le sentier principal). Emportez un filtre à eau car les sources y sont plus rares. La récompense : des paysages que 95% des visiteurs du Colca ne voient jamais.
Accès et départ
Depuis Arequipa, bus jusqu’à Chivay (3 600 m, 3-4h), puis collectivo jusqu’à Cabanaconde (1h). Le droit d’entrée à la vallée de Colca (~70 soles, valable plusieurs jours) se paie à l’entrée.
GPS :
- Cabanaconde (départ) : 15°37’00"S 71°58’00"O
- Oasis de Sangalle (fond) : 15°36’50"S 71°56’00"O
Bon à savoir
- Condors : le meilleur spot est la Cruz del Cóndor (3 270 m), à 20 min de Cabanaconde en collectivo. Visibles entre 7h et 9h, tous les jours de l’année.
- Eau : aucune source fiable sur le sentier de descente. Prévoyez 4 L (2 pour la descente + 2 pour la remontée). Des bouteilles disponibles à l’oasis, prix élevés.
- Chaleur : au fond du canyon, prévoyez de marcher tôt le matin et d’éviter 11h-15h pour la remontée.
- Nuit à l’oasis : bungalows basiques (matelas + couverture). Pas d’électricité dans certains lodges, bougies le soir. 20-40 soles par personne.
- Sources thermales : à Chivay, sur la route du retour. Pour récupérer les jambes après le trek. ~15 soles.
- Permis : aucun permis de trek, le droit d’entrée à la vallée de Colca fait office de billet d’entrée.
- Saison : avril à novembre. Évitez janvier-mars (sentiers glissants, crues).
À voir à proximité
Le canyon de Colca est la porte d’entrée des Andes du Sud péruvien. Depuis Arequipa, les treks du Salkantay et de l’Inca Trail mènent au Machu Picchu. Le canyon de Cotahuasi, plus profond encore, est moins fréquenté. Tous les itinéraires sont répertoriés sur le guide complet des treks au Pérou.
Crédits : Photo d’ouverture : canyon de Colca depuis la Cruz del Cóndor. Diego Delso / CC BY-SA 4.0