Le vent soulève un voile de poussière ocre entre les blocs basaltiques. Devant moi, le plateau déroule ses ondulations jusqu’à l’horizon, comme une mer figée dans un mouvement de pierre et de lave. Pas un arbre. Pas un bruit. Juste le crépitement du sol sous mes semelles et la lumière crue du soleil sur les mésas noires. Je suis dans le Jbel Saghro, le massif volcanique qui fait la jointure entre le Haut Atlas et le Sahara, et je n’ai rencontré personne depuis le lever du jour.
Infos pratiques — Traversée du Jbel Saghro
Modérée à difficile
5 jours / 4 nuits
~65-75 km
Traversée (Tagdilt → Nkob)
~2 500-3 000 m
~2 500-3 000 m
2 592 m (Kouaouch)
Mars-mai, octobre-novembre
Tagdilt (1 600 m)
Nkob / Handour (1 200 m)
Pourquoi cette traversée est unique
Le Jbel Saghro, c’est l’Anti-Atlas dans ce qu’il a de plus sauvage. Pas de sommets techniques comme dans le Haut Atlas, pas de dunes comme au Sahara. Ici, le volcanisme ancien a sculpté un paysage lunaire de plateaux basaltiques, de gorges profondes et de pitons rocheux. Un massif où l’on marche des journées entières sans croiser un touriste, où les seules rencontres sont celles des nomades Aït Atta et de leurs troupeaux de chèvres.
La traversée nord-sud, de Tagdilt à Nkob, est le trek emblématique du massif. Cinq jours de marche à travers des paysages qui changent toutes les heures : plateaux désertiques, oasis suspendues, gorges où l’eau coule encore, et le mythique Bab N’Ali, formation rocheuse en forme de porte géante qui semble garder l’entrée du sud du massif.
Où se situe le Jbel Saghro
Le Jbel Saghro se trouve dans l’Anti-Atlas oriental, à l’est de Ouarzazate. Ses limites naturelles sont la vallée du Dadès au nord et la vallée du Drâa au sud. Le point culminant du massif est l’Amalou n’Mansour (2 712 m), mais le sommet le plus fréquenté sur le parcours classique est le Kouaouch (2 592 m).
Accès
Depuis Marrakech : comptez 5 à 7 heures de route par le col Tizi n’Tichka (2 260 m), puis Ouarzazate et la vallée du Dadès jusqu’à Tagdilt. La route est goudronnée jusqu’aux villages de départ.
Depuis Agadir / Tafraout : une autre approche possible par le sud, via Tazzarine et Nkob. Plus longue, mais permet de découvrir les contreforts méridionaux du massif.
Le point de départ le plus courant est le village de Tagdilt (ou Taoudilt), à environ 1 600 m d’altitude. Le trek se termine à Nkob ou Handour, aux portes du désert.
L’itinéraire jour par jour
Jour 1 — Tagdilt → Almou n’Ouarg (5-6h, +850 m / -200 m)
Le trek commence sur les hauteurs de Tagdilt, dernière trace de verdure avant le massif. La montée est progressive sur un plateau désertique qui s’élève doucement vers le sud. Au fur et à mesure que l’on prend de l’altitude, la vue s’ouvre sur la chaîne du Haut Atlas au nord : le M’Goun (4 068 m) se détache net dans le lointain. C’est une première journée d’acclimatation, ponctuée peut-être par la rencontre d’une famille Aït Atta installée sous sa tente en poil de chèvre. Bivouac à Almou n’Ouarg, vers 2 300 m. Les premières étoiles dans un ciel immense.
Jour 2 — Almou n’Ouarg → Kouaouch → Igli (5h30-6h, +300 m / -900 m)
Le grand jour. La montée vers le Kouaouch (2 592 m) est le moment fort du trek. Pas de difficulté technique, juste un sentier qui serpente dans la rocaille jusqu’à déboucher sur un sommet arrondi offrant un panorama à 360 degrés : le Saghro à perte de vue, le Haut Atlas au nord, et déjà les premières palpitations du Sahara au sud. La redescente vers Igli (1 700 m) est longue mais magnifique : on plonge dans une oasis de palmiers et de verdure, un contraste saisissant après les plateaux de pierre. Igli est un campement nomade, avec une source où l’on peut remplir ses gourdes. Nuit sous tente, au pied des falaises ocre.
Jour 3 — Igli → Gorges d’Afourar → Bab N’Ali → Ousdidene (4-6h, +300 m / -400 à -600 m)
La troisième journée est la plus variée. On quitte Igli par une descente dans la vallée d’Afourar, où les gorges se resserrent et laissent apparaître des piscines naturelles d’eau vive. Une petite cascade à proximité permet de se rafraîchir — un luxe dans ce massif sec. Puis le sentier remonte vers le site le plus emblématique du Saghro : Bab N’Ali (1 416 m). Deux pitons rocheux dressés comme une porte monolithique, veillant sur la vallée. C’est sans doute l’endroit le plus photographié du massif. Le bivouac se fait à Ousdidene ou aux abords de Bab N’Ali, avec un coucher de soleil qui embrase les pitons.
Jour 4 — Ousdidene → Ighazzoun → Tifdassine (5-6h, +400 m / -400 m)
On quitte l’oasis de Bab N’Ali pour une journée de traversée des plateaux centraux du Saghro. Passage par la Porte Ali Baba, deux pitons rocheux symétriques, puis descente vers la palmeraie d’Amguis. Déjeuner à Ighazzoun N’Imlas, un hameau isolé où les enfants vous regardent passer avec la timidité des lieux qui voient peu d’étrangers. La journée se termine sur le plateau de Tifdassine (1 300 m), dernière nuit en bivouac avant la sortie du massif.
Jour 5 — Tifdassine → Handour / Nkob (2-3h, descente)
Dernière matin de marche, court et facile. Le sentier suit la palmeraie d’Assif N’Tifdassine avant de déboucher sur les premiers palmiers dattiers de Handour. Le trek se termine à Nkob, village où l’on compte une quarantaine de kasbahs en pisé, dernière sentinelle du Saghro avant le désert. Un thé à la menthe sur une terrasse, le regard perdu sur les contreforts que l’on vient de traverser, et l’on mesure le chemin parcouru.
Variantes possibles
- Traversée complète 7-8 jours : de Boumalne Dadès jusqu’à Nkob, avec des étapes supplémentaires dans les gorges d’Afourar et le plateau Tadaoute-n-Tablah.
- Boucle du Kouaouch en 3 jours : départ et retour à Handour, pour ceux qui ont moins de temps.
- Sens inverse : de Nkob vers le nord. Possible, mais la montée est plus raide et le dénivelé plus important.
Bon à savoir
Faut-il un guide ?
Oui, vivement conseillé. Le Jbel Saghro est un massif isolé, où le balisage est quasi inexistant et les points d’eau rares. Partir sans guide est possible pour des randonneurs très expérimentés avec trace GPS et une autonomie complète, mais c’est déconseillé en solo. Un guide local, c’est aussi la garantie de dormir dans les bons campements, de savoir où trouver l’eau, et de croiser la route des Aït Atta dans le respect de leur territoire.
Budget guide : compter entre 50 et 80 € par jour. Un forfait trek complet de 5 jours (guide + muletier + repas + tentes + transferts) revient à environ 400-500 € par personne.
Eau : le point critique
L’eau est le facteur limitant du Saghro. Il n’y a pas de rivière permanente sur le parcours — seulement quelques sources et gueltas. Prévoyez au minimum 2 à 3 litres par personne et par jour. L’équipe trek emporte généralement des réserves d’eau en jerricans, transportées par les mulets. Des pastilles de purification (Micropur ou Aquatabs) sont indispensables pour traiter l’eau prélevée sur place.
Équipement
- Sac de couchage confort 0°C (les nuits sont froides, même au printemps)
- Chaussures de randonnée montantes, solides et rodées
- Bâtons de randonnée (utiles sur les descentes raides)
- Protection solaire totale : crème SPF50, lunettes, chapeau — le soleil tape fort sur ces plateaux dénudés
- Lampe frontale + piles de rechange
- Tongs / sandales pour le bivouac
Quand partir
Le Saghro se visite à la bonne saison. Le reste de l’année, les températures extrêmes ou le froid nocturne peuvent gâcher l’expérience. Voici les périodes où tout est réuni pour une traversée réussie.
| Période | Climat | Verdict |
|---|---|---|
| Mars à mai | 15-25°C, jours longs, possible floraison éphémère | ✓ Idéal |
| Octobre à novembre | 20-30°C, ciel dégagé | ✓ Excellent |
| Décembre à février | Jours doux, nuits jusqu’à -5°C | ⚠ Possible (sac couchage adapté) |
| Juin à septembre | >40°C, chaleur intense | ✗ À éviter |
Budget estimatif
Un trek organisé dans le Saghro est plus abordable qu’on ne l’imagine. Les forfaits incluent généralement guide, muletier, repas et tentes — il ne reste qu’à prévoir le sac de couchage et les pourboires.
| Poste | Prix |
|---|---|
| Forfait 5 jours tout compris | ~400-500 €/pers. |
| Guide seul | 50-80 €/jour |
| Muletier | 25-35 €/jour |
| Pourboires (guide + muletier + cuisinier) | 30-60 € pour la semaine |
| Transfert Marrakech A/R | ~70-100 € |
Points de vigilance
- Déshydratation : l’eau est rare, gérez impérativement vos réserves
- Isolement : pas de réseau téléphonique sur la majeure partie du parcours
- Orientation : balisage quasi inexistant, trace GPS obligatoire si vous partez sans guide
- Orages : possibles au printemps, les oueds peuvent gonfler rapidement
- Serpents et scorpions : rares, surveillez chaussures et tente le matin
Où dormir avant et après le trek
Avant le départ, un gîte chez l’habitant est disponible à Tagdilt (repas traditionnel, nuit simple mais authentique). À l’arrivée, Nkob propose plusieurs maisons d’hôtes dans ses kasbahs restaurées. Si vous faites étape à Boumalne Dadès avant ou après le trek, des hôtels confortables sont disponibles dans la vallée.
Pendant le trek, tout se fait en bivouac : les nuits sous tente font partie intégrante de l’expérience. Les guides locaux connaissent les meilleurs emplacements, à l’abri du vent et proches des points d’eau quand c’est possible.
À voir à proximité
La vallée du Dadès, avec ses gorges spectaculaires et ses kasbahs en pisé, est sur la route du retour. Si vous avez un jour supplémentaire, le trek à la journée dans les gorges du Dadès permet de prolonger l’immersion. La vallée des Roses (Kelaat M’Gouna) vaut le détour si vous y êtes en mai, au moment de la récolte. Et si vous avez encore de l’énergie, les gravures rupestres de Tazzarine, à une heure au sud de Nkob, prolongent le voyage dans le temps avec leurs pétroglyphes vieux de plusieurs millénaires. Pour compléter votre découverte de l’Anti-Atlas, l’ascension du Jbel Siroua et les greniers fortifiés de l’Anti-Atlas sont deux incontournables de la région.