À 515 mètres d’altitude, au pied du Jbel Bani, Icht est un des villages les plus étonnants de l’Anti-Atlas. Son vieux ksar est creusé dans la colline, sur trois niveaux, avec des ruelles souterraines qui relient chaque maison à la mosquée, vieille de 500 ans. La lumière filtre à peine par les ouvertures taillées dans la roche, et le silence n’est troublé que par le craquement du bois de palmier sous les pieds.
Le village compte environ 1 000 habitants, berbères chleuhs. Ici, les femmes portent encore le voile bleu des nomades, et les hommes cultivent la palmeraie comme leurs ancêtres, irriguée par un réseau de séquias qui captent la nappe phréatique. L’oasis produit dattes, légumes et céréales.
Un ksar creusé dans la colline
Le ksar d’Icht est bâti sur trois niveaux, littéralement creusé dans la pente : les bêtes au rez-de-chaussée, les familles au premier, les chambres et la douche au deuxième. Les murs sont en pisé enduit de chaux, une matière légère facile à réparer après les pluies, soutenus par des poutres en tronc de palmier. Le tout sans un seul clou.
Sous le ksar court un réseau de galeries souterraines qui permettaient aux habitants de passer d’une maison à l’autre sans mettre le nez dehors. La mosquée, nichée au cœur du labyrinthe, est vieille de cinq siècles. Aujourd’hui abandonnée, ses murs portent encore les marques des générations de fidèles qui s’y sont agenouillés.
Le ksar a connu une histoire violente. Au XIXe siècle, il fut envahi par un village voisin et ses habitants vécurent six années d’exil avant de revenir. Une dernière attaque en 1934, puis le calme. Il a été électrifié en 1997, mais la plupart des familles ont quitté les lieux. Aujourd’hui, seules quelques personnes y vivent encore.
L’Agadir n Fniks
Au sommet de la montagne qui domine Icht, l’Agadir n Fniks est un grenier fortifié dont les origines remontent à une époque où personne ne tenait de registres. La tradition locale en attribue la construction aux Phéniciens — Fniks est la déformation amazighe de « Phéniciens ». Les ethnologues O. du Puigaudeau et M. Senones, qui ont recueilli ce récit en 1964, y voient la trace d’échanges caravaniers qui traversaient l’Anti-Atlas depuis la plus haute Antiquité.
La montée jusqu’au grenier prend 30 à 45 minutes. Le sentier grimpe sec dans les pierres, mais la vue au sommet récompense : d’un côté, l’oasis en contrebas, ses palmiers et ses champs en terrasses ; de l’autre, l’horizon infini du Jbel Bani, et par temps clair, les premières étendues sahariennes.
Gravures rupestres et palmeraie
Dans la vallée de Tamanart qui entoure Icht, les rochers portent des gravures rupestres vieilles de plusieurs millénaires. On y distingue des éléphants, des rhinocéros, des girafes et des autruches gravés dans la pierre, des animaux qui vivaient ici quand le Sahara était une savane verdoyante. Des chars et des scènes de chasse témoignent des premières civilisations qui ont traversé ces montagnes.
Ces gravures sont dispersées sur plusieurs sites autour d’Icht. Un guide local connaît les emplacements et peut vous y conduire. La lumière rasante du matin ou de la fin d’après-midi les rend plus lisibles.
Où dormir à proximité
Bon à savoir
Accès — Icht est à 8,8 km à l’est de Fam El Hisn, route R102, à mi-chemin entre Tata (145 km au nord-est) et Guelmim (140 km au sud-ouest). Route asphaltée.
Guide — Nécessaire pour le ksar (propriété privée), l’Agadir n Fniks et les gravures rupestres. 50–100 DH par personne.
Équipement — Lampe frontale indispensable pour les galeries souterraines. Eau (1,5 L), chaussures de marche, chapeau.
Quand y aller — Printemps et automne. Été très chaud (40 °C à l’ombre). Hiver frais mais agréable en journée.