Un sommet basaltique qui domine le plateau de l’Aubrac, une boucle de 9 km entre pâturages et tourbières, et une vue à 360° sur les monts du Cantal et les Causses. Le Puy de Gudettes (1 422 m) est le deuxième point culminant du plateau aubracien, après le signal de Mailhebiau. Moins connu que son grand frère, il dégage pourtant un panorama aussi large sur l’un des espaces naturels les mieux préservés du Massif central.
La randonnée part de Nasbinals, le village le plus haut de Lozère (1 200 m), et s’élève doucement à travers les pâturages où paissent les vaches de race Aubrac. Le sentier traverse des zones humides d’intérêt écologique, longe des drailles ancestrales, et rejoint le sommet par une pente régulière. Pas de passage technique, pas d’exposition au vide — juste une marche en altitude dans un paysage ouvert, avec le vent et le son des clarines pour seuls compagnons.
Infos pratiques : Puy de Gudettes
Le Trek
Pourquoi gravir le Puy de Gudettes ?
Le Puy de Gudettes n’est pas le plus haut sommet de l’Aubrac. Ce n’est pas le plus connu non plus. Mais c’est probablement celui qui présente le meilleur rapport effort-panorama du plateau. En 3 heures de marche, avec 350 métres de dénivelé seulement, vous atteignez un sommet qui domine tout l’horizon — des monts du Cantal au nord jusqu’aux gorges du Tarn au sud, en passant par la chaîne des Puys et le massif du Sancy par temps clair.
La boucle du Puy de Gudettes alterne les ambiances : prairies ouvertes où le vent fait onduler l’herbe, zones humides peuplées de sphaignes et de linaigrettes, drailles enherbées qui coupent le plateau comme des rubans. Le sentier ne présente aucune difficulté technique — pas de rocher à escalader, pas de passage exposé. La seule difficulté vient de la pente, plus soutenue dans les 500 derniers mètres avant le sommet. Rien de rédhibitoire pour un marcheur régulier.
Le village de Nasbinals, point de départ de la randonnée, mérite lui-même le détour. C’est le plus haut village de Lozère, avec ses maisons en basalte et son église romane du XIIe siècle. L’endroit fleure bon l’Aubrac authentique, loin des stations de ski bondées et des parkings payants. Le vendredi matin, le marché hebdomadaire anime la place centrale avec ses producteurs de Laguiole, de tome fraîche et d’aligot.
Accès à Nasbinals et dépar
Nasbinals se situe sur la D987, à 25 km au sud-ouest de Saint-Chély-d’Apcher et à 30 km à l’est d’Aumont-Aubrac. Depuis l’A75, sortez à la sortie 32 (Saint-Chély-d’Apcher) et suivez la direction de Nasbinals pendant 25 minutes. La route traverse les premiers contreforts du plateau, les pâturages s’étendent à perte de vue, et le bitume cède progressivement la place à un paysage de haute terre.
Le départ de la randonnée se fait depuis le parking situé à l’entrée de Nasbinals, en venant de Saint-Chély. Le parking est gratuit, en terre battue, avec une vingtaine de places. En juillet-août, arriver avant 9h est conseillé — le village attire les randonneurs du GR 65 (chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle) qui y font étape.
Coordonnées GPS du parking : 44.6615, 3.0458
Un point d’eau public se trouve sur la place du village, à 200 mètres du parking. Faites le plein avant de partir — il n’y a aucune source sur le parcours. Les toilettes publiques (gratuites) sont situées derrière la mairie, ouvertes de mai à octobre.
La boucle du Puy de Gudettes pas à pas
Le sentier quitte Nasbinals par le sud, en passant devant l’église romane. Vous longez d’abord des pâturages clos de murets en pierre sèche, typiques de l’architecture agropastorale de l’Aubrac. Les premiers mètres sont plats, presque une promenade. Profitez-en pour admirer les toitures de lauze des burons qui ponctuent le paysage.
Au bout de 500 mètres, le sentier quitte les abords du village et s’engage sur le plateau ouvert. Le balisage est clair : marques jaunes sur les pierres et piquets en bois tous les 200 mètres environ. La pente commence à se faire sentir progressivement. Rien de brutal, mais le dénivelé s’installe sur toute la montée, sans jamais vous laisser de répit. C’est ce qui distingue cette rando des autres topos faciles de l’Aubrac : la pente est continue, jamais raide, mais constante.
La traversée des zones humides
Vers le kilomètre 2, le sentier traverse une série de zones humides classées Natura 2000. Le sol change de texture : les sphaignes forment un tapis épais qui amortit les pas, les linaigettes balancent leurs aigrettes blanches au vent. Ces tourbières sont des puits de carbone naturels, des écosystèmes rares dans le Massif central. Le sentier est maintenu par des planches de bois posées sur la tourbe, qui rendent le passage facile même après les pluies.
Prenez le temps d’observer la flore : droséras à feuilles rondes, saxifrages, orchis tachetés. Au printemps, les narcisses des poètes parsèment les prairies humides de touches jaunes. En été, les gentianes bleues ponctuent l’herbe des bas-côtés. Les entomologistes amateurs reconnaîtront le nacré de la canneberge, un papillon orange caractéristique des tourbières acides du Massif central. Les ornithologues, eux, surveilleront le ciel pour le circaète Jean-le-Blanc, rapace spécialiste des serpents, qui niche dans les secteurs boisés en contrebas.
Après la traversée de la zone humide, le sentier amorce une courbe vers l’ouest. La pente s’accentue légèrement. Le Puy de Gudettes se dévoile progressivement, d’abord comme une bosse à l’horizon, puis comme un cône basaltique bien dessiné. Les blocs de basalte affleurent de plus en plus nombreux sur les côtés du chemin.
La montée au sommet
Les 500 derniers mètres sont les plus raides du parcours. Le sentier devient plus caillouteux, le basalte affleure en plaques sombres. C’est la seule portion où les bâtons de marche sont utiles, surtout si le terrain est humide. La pente n’excède jamais 15% mais elle est continue, et les jambes commencent à chauffer. Heureusement, le vent du plateau tempère les efforts et rafraîchit le visage.
Au sommet, la récompense est totale. Le Puy de Gudettes culmine à 1 422 m, ce qui en fait le deuxième point culminant de l’Aubrac. La vue à 360° embrasse un territoire immense :
- Au nord, les monts du Cantal et le plomb du Cantal par beau temps
- À l’est, le massif de la Margeride et la forêt de la Chaise-Dieu
- Au sud, les gorges du Tarn et le causse de Sauveterre
- À l’ouest, le signal de Mailhebiau (1 469 m) et le plateau de la Viadène
Un panneau d’information en bois indique les directions et les altitudes. La croix sommitale, en fer forgé, a été installée par les habitants de Nasbinals dans les années 1990. Juste à côté, une borne IGN matérialise le point géodésique.
Coordonnées GPS du sommet : 44.6478, 3.0291
C’est le lieu du pique-nique. Il n’y a pas de table ni de banc, mais l’herbe rase et les blocs de basalte offrent des sièges naturels. Prévoyez un coupe-vent même en été : le sommet est exposé aux quatre vents, et la température ressentie chute de plusieurs degrés dès que le vent se lève. En juillet, comptez 18-20 °C en moyenne au sommet contre 25 °C dans la vallée.
La descente par la boucle est
La descente ne reprend pas le même itinéraire. La boucle bascule par le flanc est du puy, dans un vallon plus abrité. Le sentier redescend en douceur à travers des prairies où les vaches aubraciennes paissent en liberté. Les clarines tintent à chaque mouvement de tête, un bruit qui porte loin sur le plateau et qui rythme la marche.
Cette section du sentier est moins fréquentée que la montée. Les randonneurs du GR 65 empruntent un itinéraire différent, et la plupart des marcheurs locaux préfèrent monter et descendre par le même chemin. Résultat : vous aurez probablement la descente pour vous seul, avec pour seul bruit le vent dans les touffes d’herbe.
Au bout de 2 km de descente, le sentier croise une draille orientée nord-sud. Ces chemins de transhumance, larges de plusieurs mètres, reliaient autrefois les pâturages d’été de l’Aubrac aux vallées du Lot et du Tarn. Certaines drailles sont encore utilisées deux fois par an, lors de la montée et de la descente des troupeaux. Les traces des sabots et des bâtons de berger sont visibles dans l’herbe. En mai, la transhumance de Nasbinals rassemble plusieurs centaines de vaches et attire visiteurs et photographes.
Le retour à Nasbinals
Les 3 derniers kilomètres longent le ruisseau de la Selle, un affluent de la Bès. Le sentier est plat, ombragé par endroits par des saules et des aulnes. Le bruit de l’eau accompagne la fin de la randonnée, offrant une transition douce entre l’exposition du sommet et le confort du village. Les pêcheurs y trouveront des truites fario : le ruisseau est classé en première catégorie piscicole.
Avant de rentrer dans Nasbinals, le sentier passe devant un buron restauré qui abrite une fromagerie. La dégustation de Laguiole AOP y est proposée de juin à septembre. Le Laguiole est un fromage de vache à pâte pressée cuite, cousin du Cantal et du Salers. Il est fabriqué exclusivement sur le plateau de l’Aubrac à partir du lait des vaches de race Aubrac. Sa dégustation est l’occasion de goûter un produit d’appellation d’origine protégée dans son lieu de production.
Le retour au parking se fait en douceur, les jambes fatiguées mais le moral rechargé par les paysages traversés. Comptez 3 heures pour l’ensemble du circuit, pauses comprises. Si vous partez à 9h, vous serez de retour pour le déjeuner, avec le temps de flâner dans Nasbinals avant la route du retour.
Quand faire cette randonnée ?
La période la plus favorable s’étend de juin à octobre. En juin, la flore est à son apogée : les narcisses, les gentianes et les orchidées sauvages sont en pleine floraison. Les journées sont longues (soleil jusqu’à 21h30) et les températures agréables, entre 15 et 22 °C. En juillet-août, les pâturages accueillent les troupeaux en estive, et les vaches aubraciennes avec leurs clarines ajoutent une dimension sonore à la marche. Les soirées sont douces, mais les orages d’été éclatent fréquemment en fin d’après-midi. Partez tôt pour être redescendu avant 15h.
Septembre est le mois le plus stable climatiquement parlant. Les couleurs de l’automne commencent à teinter les hêtraies des pentes, les bruyères mettent une touche violette sur le plateau, et la fréquentation diminue fortement après la mi-septembre. Les nuits fraîches annoncent déjà l’automne, mais les journées sont souvent lumineuses et douces. En octobre, les couleurs automnales sont à leur apogée, mais les jours raccourcissent vite. Prévoyez un départ avant 8h pour éviter de marcher dans la pénombre.
De novembre à mai, la randonnée est déconseillée. Le plateau est fréquemment enneigé ou verglacé, les tourbières sont impraticables, et les jours sont trop courts. Les rares fenêtres météo favorables en mars-avril sont trop aléatoires pour garantir une sortie agréable. La baisse des températures s’accompagne d’un risque de brouillard soudain, dangereux sur un plateau sans repères visuels.
Bon à savoir
Chiens : Tolérés en laisse. La réglementation des zones Natura 2000 impose la laisse pour la protection de la faune sauvage. Les troupeaux en estive sont également protégés : un chien qui court peut affoler les vaches et provoquer des accidents. En été, les patous (chiens de protection des troupeaux) peuvent être présents : restez calme, ne les approchez pas, et tenez votre chien en laisse courte.
Eau : Aucun point d’eau sur le parcours. Prévoyez 1,5 L par personne en été, 1 L aux saisons intermédiaires. La marche en altitude et l’exposition au vent favorisent la déshydratation sans qu’on s’en rende compte. Buvez régulièrement, même si vous n’avez pas soif. Une gourde isotherme est recommandée en été pour garder l’eau fraîche.
Enfants : Accessible à partir de 10 ans environ. La distance (9 km) et le dénivelé (350 m) demandent une bonne condition pour des jambes jeunes, mais le terrain sûr et les paysages variés motivent les enfants actifs. À faire en demi-journée sans forcer, avec des pauses régulières pour observer la faune et la flore. Les enfants apprécient particulièrement la traversée des zones humides avec leurs passerelles en bois et la recherche des fleurs protégées.
Téléphone : Le réseau 4G passe sur la plupart du parcours, avec des zones d’ombre dans les combes. Le sommet est bien couvert. Pas de signal dans les zones humides les plus encaissées. En cas d’urgence, le numéro 112 fonctionne sur tout le territoire.
Équipement : Chaussures de randonnée basses ou moyennes recommandées. Les baskets à semelle plate sont déconseillées, surtout sur le basalte humide des sections raides. Bâtons de marche utiles pour la descente. Coupe-vent obligatoire même en été. Crème solaire et lunettes de soleil indispensables — l’altitude et le vent accentuent les U.V. Une couche chaude supplémentaire (polaire fine) est recommandée pour les pauses au sommet où le vent refroidit rapidement. Prévoyez un chapeau à large bord pour vous protéger du soleil renvoyé par les herbes claires du plateau.
Météo : Les conditions changent rapidement sur le plateau de l’Aubrac. Consultez Météo France pour la zone Aubrac (altitude 1 200-1 500 m) avant le départ. Le vent peut passer de 10 à 50 km/h en quelques minutes. En cas d’orage annoncé, reportez la sortie. Les orages d’été éclatent sans arriver sur le plateau, et un sommet isolé comme le Puy de Gudettes devient dangereux en cas d’activité électrique. Un bon réflexe : si le temps se gâte en montée, faites demi-tour sans attendre.
À voir à proximité
Nasbinals est un excellent camp de base pour explorer le plateau de l’Aubrac. Ne manquez pas l’église romane Saint-Victor et Sainte-Madeleine, classée monument historique. Son clocher-peigne et ses modillons sculptés en font un exemple remarquable d’architecture romane auvergnate. L’intérieur abrite des fresques du XVe siècle récemment restaurées. L’entrée est libre de mai à octobre.
À 5 km au sud du village, la cascade du Déroc (15 m) plonge dans un chaos de basalte au fond de la vallée du Bès. L’accès se fait par un sentier facile de 2 km aller depuis le pont de la Beaume. La cascade est plus impressionnante au printemps, lors de la fonte des neiges, quand le débit est maximum. Les orgues basaltiques qui l’encadrent sont le résultat du refroidissement lent d’une coulée de lave vieille de plusieurs millions d’années.
Le lac de Saint-Andéol, à 15 minutes de route, est le plus grand lac de l’Aubrac. Son tour fait 6 km sur un sentier plat accessible à tous. Les eaux turquoise attirent les promeneurs et les pêcheurs. Le truc de Marchastel (1 419 m), juste à côté, dévoile un panorama complémentaire de celui du Puy de Gudettes, avec une vue dégagée sur les monts du Cantal.
Enfin, le GR 400 (Tour de l’Aubrac) passe à proximité et permet de prolonger l’expérience sur plusieurs jours. Les hébergements à Nasbinals sont nombreux : gîtes d’étape, chambres d’hôtes et hôtels. Le village compte aussi plusieurs restaurants qui servent l’aligot-saucisse et la tomme de Laguiole, les deux plats emblématiques de l’Aubrac. Le buron de la Sistre, accessible en voiture, propose des dégustations de Laguiole AOP dans un cadre traditionnel.
Crédits — Photo du Puy de Gudettes : Rémih, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons). Photo du paysage de l’Aubrac : Rémih, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons). Photo de Peyre en Aubrac : Rémih, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons).
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