Le GR 400 fait le tour du plateau de l’Aubrac en huit étapes, sur 185 km de crêtes basaltiques, de tourbières classées et de pâturages à perte de vue. C’est un trek d’endurance, pas de prouesse technique. Pas de passage d’escalade, pas de crêtes exposées au vide. Avec 4 500 mètres de dénivelé cumulé, une autonomie en eau sur plusieurs sections et un terrain qui change toutes les deux heures. Le tour de l’Aubrac est une épreuve de rythme et de préparation, qui récompense ceux qui savent lire le plateau.
Le sentier traverse quatre départements (Lozère, Aveyron, Cantal, Haute-Loire) et une diversité de paysages qui surprend sur un même massif. Landes à genêts, hêtraies denses, tourbières acides, lacs d’origine volcanique, burons en pierre sèche et villages médiévaux rythment les huit jours de marche. Le balisage blanc et rouge du GR est fiable sur l’ensemble du parcours, même si certaines sections peu fréquentées demandent une attention soutenue.
Infos pratiques : Tour de l’Aubrac (GR 400)
Le Trek
Pourquoi entreprendre le Tour de l’Aubrac
L’Aubrac n’est pas une destination de trek comme les Alpes ou les Pyrénées. Il n’a pas de sommets à 3 000 m, pas de lacs émeraude ni de refuges gardés à chaque étape. Il offre une expérience de marche rare en France : celle de l’espace ouvert, du ciel qui prend les trois quarts du paysage et de la solitude active. Pendant huit jours, vous traversez un plateau volcanique qui a conservé son caractère sauvage, habité par les vaches Aubrac et les burons centenaires.
La faible fréquentation du GR 400 est un atout. Il n’est pas rare de marcher une demi-journée sans croiser un autre randonneur. Les nuits en gîte ou en bivouac sont calmes, et le bruit dominant est celui du vent dans les herbes hautes. Le tour de l’Aubrac est le trek adapté pour ceux qui veulent se confronter à un espace vaste et répétitif, sans chercher la performance.
Coordonnées GPS du départ (Aumont-Aubrac) : 44.7195° N, 3.2836° E
Le Tour de l’Aubrac
Étape 1 : Aumont-Aubrac → Nasbinals (22 km, +600 m, 6h)
Le départ se fait depuis le parking de la gare ou de l’église d’Aumont-Aubrac. Le sentier quitte le village par le sud-ouest, en longeant la D987 sur quelques centaines de mètres avant de plonger dans les pâturages. Les premiers kilomètres sont roulants, presque plats, et traversent des prairies où paissent les vaches Aubrac. Les cloches sonnent en continu, un bruit qui accompagnera chaque jour de marche.
Aux deux tiers de l’étape, le sentier s’élève progressivement. La pente n’est jamais raide, mais elle dure. Le paysage s’ouvre sur les premiers contreforts du plateau, avec une vue qui s’élargit sur les monts de la Margeride. C’est un moment de transition, où l’on passe des pâturages clos aux étendues ouvertes de l’Aubrac profond.
Nasbinals (1 200 m) est le premier village-étape. Il dispose d’une supérette, de plusieurs restaurants qui servent l’aligot-saucisse, du gîte d’étape de la Tête Rouge et d’une fontaine publique. L’église romane Saint-Victor, avec son clocher-peigne, mérite un détour avant ou après l’étape.
Étape 2 : Nasbinals → Aubrac (20 km, +500 m, 6h)
Le sentier quitte Nasbinals par la D52, puis s’enfonce dans le plateau en direction du lac des Salhiens. Ce lac d’origine glaciaire, posé à 1 280 m d’altitude, est le plus grand plan d’eau de l’Aubrac après celui de Saint-Andéol. Ses rives sont bordées de tourbières et de landes à bruyère. Le sentier passe à quelques mètres de l’eau.
Après le lac, le sentier traverse la tourbière de la Narce, un site classé Natura 2000. Des passerelles en bois traversent la zone humide, où poussent les droséras carnivores et les narthécies des marais. C’est une section lente, propice à l’observation des libellules et des oiseaux d’eau. Prenez le temps de faire une pause sur le ponton d’observation.
L’arrivée au village d’Aubrac est un temps fort. Le village est dominé par l’abbatiale Notre-Dame-des-Pauvres, un édifice roman du XIIe siècle lié à l’histoire des pèlerins de Saint-Jacques. Le pont des pèlerins enjambe la Bès à l’entrée du village. Hébergement au gîte de la Borie ou en chambre d’hôtes Chez Paulette. Une boulangerie-épicerie est ouverte en saison.
Étape 3 : Aubrac → Saint-Urcize (24 km, +600 m, 7h)
Cette étape est l’une des plus belles du circuit. Elle traverse les paysages les plus ouverts du plateau, avec une alternance de landes à callune, de pâturages d’altitude et de sections boisées. Le sentier longe le Signal de Mailhebiau par le flanc ouest sans le gravir, mais la vue sur le point culminant de l’Aubrac (1 469 m) accompagne la marche pendant plusieurs heures.
La variante par les crêtes, qui monte au Signal de Mailhebiau, ajoute 3 km et 200 m de dénivelé. Le panorama depuis le sommet embrasse l’ensemble du plateau, les monts du Cantal et la chaîne des Puys par grand beau temps. Un détour conseillé si la météo tient.
Saint-Urcize est un village de caractère avec son église romane et ses ruelles pavées. Le gîte communal propose des lits en dortoir et un repas du soir copieux. Une fontaine publique est disponible sur la place du village.
Étape 4 : Saint-Urcize → Chaudes-Aigues (25 km, +550 m, 7h30)
Le sentier descend du plateau de l’Aubrac pour plonger dans la vallée de la Bès. Le changement d’altitude est sensible. La végétation change, les hêtres remplacent les genêts, et l’ombre revient après plusieurs jours d’exposition sur le plateau. Les derniers 8 km longent le ruisseau de la Bès dans un vallon encaissé où dominent les aulnes et les saules.
L’étape la plus longue du circuit exige une bonne gestion de l’eau. Il n’y a qu’une seule source entre Saint-Urcize et Chaudes-Aigues, au niveau de l’ancien gué du ruisseau de la Garde. Prévoyez 2 L au départ, et remplissez à la source de la Garde si elle est active.
Chaudes-Aigues est une station thermale réputée pour ses sources d’eau chaude naturelles (la plus chaude d’Europe, à 82°C). Plusieurs supermarchés, des hôtels, un camping et un Office de Tourisme en font une étape logistique importante. Profitez-en pour un vrai repas au restaurant.
Étape 5 : Chaudes-Aigues → Laguiole (23 km, +700 m, 7h)
Le retour sur le plateau marque le début de la deuxième moitié du tour. La montée depuis Chaudes-Aigues est la plus raide du parcours. Le sentier s’élève en lacets réguliers pendant 5 km, gagnant 400 m. Les mollets chauffent. Au sommet, la vue plonge sur la vallée de la Bès et, au loin, sur le plateau de l’Aubrac retrouvé.
Le sentier longe ensuite le bois de la Borie avant d’atteindre le buron de la Borie, l’un des mieux conservés du circuit. Il a été restauré en refuge non gardé (6 places, sans eau ni électricité). Lapin d’une variante possible pour les randonneurs qui souhaitent couper l’étape en deux. Le lac d’Orient, un petit plan d’eau au milieu des pâturages, offre un bon spot de bivouac.
Laguiole est célèbre pour sa coutellerie et son fromage AOP. Le village dispose de plusieurs commerces, d’une supérette, de restaurants et de gîtes. Le buron de la Sistre, en périphérie, propose des dégustations de Laguiole. Prenez le temps de visiter une coutellerie artisanale.
Étape 6 : Laguiole → Saint-Chély-d’Aubrac (26 km, +650 m, 7h30)
Le sentier quitte Laguiole par le nord-est et traverse la forêt de l’Aubrac. C’est l’étape la plus boisée du circuit, avec de longues sections sous couvert d’épicéas et de hêtres. L’ombre est appréciable en été, mais le terrain est souvent humide et glissant après les passages de troupeaux. Les sentiers sont plus étroits ici.
La tourbière de Jouvancy marque la fin de la section boisée. Un gîte non gardé (le gîte du Pont de Jouvancy) se trouve à 300 m du sentier. C’est un refuge rustique avec un poêle à bois et des lits en dortoir, pratique pour couper l’étape si la fatigue se fait sentir.
Saint-Chély-d’Aubrac est un petit village avec une épicerie-épicerie et un restaurant. Il ne dispose pas de gîte d’étape, mais des chambres d’hôtes sont disponibles dans les fermes environnantes. Renseignez-vous à l’Office de Tourisme d’Aumont-Aubrac avant le départ.
Étape 7 : Saint-Chély-d’Aubrac → Prades-d’Aubrac (22 km, +450 m, 6h)
Le sentier remonte vers le plateau central et retrouve les grands espaces ouverts. Les pâturages s’étendent à perte de vue, ponctués de burons en ruine et de troupeaux. C’est l’étape la plus calme du circuit, avec une ambiance de fin de voyage. Les jambes commencent à connaître le terrain.
Prades-d’Aubrac est un hameau minuscule, sans commerce. Le gîte communal propose des lits simples mais propres. Prévoyez des provisions de nourriture car il n’y a pas d’épicerie. La dernière fontaine publique se trouve à l’entrée du village.
Étape 8 : Prades-d’Aubrac → Aumont-Aubrac (23 km, +400 m, 6h)
La dernière étape ramène au point de départ par une large piste qui traverse les estives de la Raze. Le paysage est celui du premier jour, en miroir. Les burons, les tourbières et les troupeaux sont les mêmes, mais le regard a changé. On reconnaît les signes du plateau et on marche avec une aisance acquise pendant la semaine.
La traversée de la tourbière de la Narce du Bétail est le dernier moment remarquable du circuit. Le sentier s’y attarde dans un dédale de passerelles et de mares. Après une dernière montée douce, le clocher d’Aumont-Aubrac apparaît à l’horizon. Les derniers pas ont un goût particulier, celui d’un trajet bouclé.
Variante par les crêtes
Au lieu de suivre la variante basse entre Aubrac et Saint-Urcize, il est possible de monter au Signal de Mailhebiau (1 469 m), point culminant du plateau. La variante ajoute 3 km et 200 m de dénivelé supplémentaires, mais offre le meilleur panorama du trek. Par temps clair, les monts du Cantal, la Margeride et les Alpes sont visibles.
Cette variante est faisable en intégrant l’étape 3 sans surcoût de temps significatif (7h30 au lieu de 7h). Le détour par le sommet est bien balisé en jaune depuis le GR 400. Ne tentez pas cette variante par mauvais temps. Le signal est exposé au vent et peut être enveloppé de brouillard en moins de 15 minutes.
Quand faire le Tour de l’Aubrac
Le GR 400 est praticable de mai à octobre, avec une période optimale de juin à septembre. Le plateau de l’Aubrac culmine entre 1 000 et 1 469 mètres d’altitude. Les températures estivales y sont modérées, avec des nuits fraîches même en juillet.
La période idéale va de juin à septembre. Juin est le mois le plus fiable pour la météo et les paysages sont à leur apogée avec les fleurs de printemps. Les journées sont longues et les températures agréables, entre 15 et 22°C. La fréquentation reste modérée. Juillet-août est la haute saison. Les nuits restent fraîches, parfois proches de 5°C, et les orages d’après-midi sont fréquents. Partez tôt le matin. Septembre offre les plus belles lumières et la tranquillité est maximale. Les couleurs automnales transforment les hêtraies.
Mai et octobre sont possibles pour les randonneurs bien équipés, mais les conditions sont aléatoires. Les nuits proches de 0°C sont fréquentes et le brouillard peut bloquer la visibilité pendant deux jours d’affilée. De novembre à avril, le trek est déconseillé hors pratique du ski de randonnée ou des raquettes.
Hébergements et ravitaillement
Le GR 400 alterne les gîtes d’étapes gardés (Tête Rouge à Nasbinals, Borie à Aubrac, Saint-Urcize, Jouvancy) et les hébergements privés (chambres d’hôtes, hôtels à Chaudes-Aigues et Laguiole). Le bivouac est toléré sur la plupart du parcours, dans le respect des zones pâturées et des tourbières. Prévoyez un réchaud. Les feux sont interdits sur tout le plateau.
L’eau est un point sensible. Les villages-étapes ont tous des fontaines publiques, mais les sections entre deux villages peuvent être longues (jusqu’à 8 km sans source). Les sources naturelles sont rares et leur débit variable. Emportez une gourde de 2 L minimum et un filtre de secours (micropur ou gourde filtrante). Les points de ravitaillement en nourriture sont limités aux villages traversés. Prévoyez des rations pour 2-3 jours au départ.
Les burons restaurés proposent parfois des dégustations de Laguiole et de tome fraîche en saison. Les restaurants des villages-étapes servent les spécialités locales. Le marché du samedi matin à Aumont-Aubrac est un passage obligé pour les produits du terroir.
Bon à savoir
Difficulté. Le GR 400 est classé Expert pour son volume et l’autonomie exigée, pas pour une technicité particulière. Aucun passage n’est vertigineux ou exposé. La difficulté vient de la distance quotidienne (22-26 km) et du dénivelé cumulé. Un randonneur régulier, bien préparé, peut le faire sans être un athlète. L’autonomie en eau et en navigation sont les vrais défis.
Équipement. Chaussures de randonnée hautes recommandées (tourbières et passages humides). Bâtons très utiles. Coupe-vent et veste imperméable obligatoires même en été. Sac de couchage confort 5°C (les nuits sont fraîches). Gourde filtrante fortement conseillée. Carte IGN série 47 (feuillets Aubrac). GPS de randonnée recommandé pour les sections brumeuses.
Chiens. Tolérés en laisse. La réglementation Natura 2000 et la présence de troupeaux en estive imposent la laisse en permanence. Attention aux patous, très présents sur le plateau en été.
Téléphone. Le réseau 4G passe sur les hauteurs du plateau mais les zones d’ombre sont nombreuses dans les vallons boîsés. Ne comptez pas sur le téléphone pour la navigation.
À voir à proximité
Le GR 400 traverse les plus beaux sites de l’Aubrac. Le lac de Saint-Andéol, le plus grand lac du plateau, et la cascade du Déroc sont accessibles depuis plusieurs étapes du parcours. Le GR 65 (Chemin de Saint-Jacques) croise le GR 400 à Aubrac et à Nasbinals. Le GR 400 traverse également les alpages fleuris de la montagne du Laguiole, d’où l’on aperçoit par temps clair la chaîne des Puys et le massif du Cantal. Les burons, ces anciennes fromageries d’estive en pierre de basalte, jalonnent le parcours et témoignent de la tradition fromagère du plateau. La commune de Nasbinals, au cœur du parcours, mérite une halte pour son église romane du XIe siècle et ses marchés de producteurs locaux. Le GR 400 croise également le sentier du Puy de Gudettes et le circuit des lacs, permettant de composer des variantes à la journée selon son niveau et le temps disponible.
Accès
Le GR 400 forme une boucle de 185 km qui peut être parcourue dans les deux sens. Le balisage blanc et rouge est continu, avec des variantes balisées en jaune pour les étapes courtes. Les offices de tourisme d’Aumont-Aubrac, Nasbinals et Laguiole fournissent le topo-guide officiel.
Le GR 400 forme une boucle qui peut être débutée depuis plusieurs points. Le départ recommandé est Aumont-Aubrac, accessible en train sur la ligne Clermont-Ferrand-Béziers et en voiture par l’autoroute A75. Des parkings gratuits sont disponibles en centre-ville et à proximité de la gare. Le balisage blanc et rouge du GR est continu sur tout le parcours.
Le GR 400 forme une boucle qui peut être débutée depuis plusieurs points. Le départ recommandé est Aumont-Aubrac, accessible en train (ligne Clermont-Béziers) et en voiture par l’A75. Des parkings gratuits sont disponibles en centre-ville.
Le départ du trek se fait d’Aumont-Aubrac, en Lozère. La gare SNCF est desservie par la ligne TER Occitanie (Béziers-Clermont-Ferrand). Depuis Clermont-Ferrand, comptez 2h de train. Depuis Béziers, compter 3h30. Par la route, l’A75 (sortie 42) dessert directement le village. Le parking de la gare ou celui de l’église sont gratuits et sûrs pour une semaine.
Un rapatriement depuis Laguiole, Chaudes-Aigues ou Saint-Urcice est possible en bus ou en stop en cas d’abandon en cours de trek, mais le retour au point de départ est toujours plus long. Prévoyez un plan B.
Crédits — Photos : Velvet (CC BY-SA 3.0) et Anabase4 (CC BY-SA 3.0) — Wikimedia Commons.
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