Le Yelmo ne se livre pas au premier regard. Il faut quitter les ruelles pavées de Segura de la Sierra, dépasser les derniers oliviers argentés, pour que la paroi surgisse enfin — une muraille calcaire de deux cents mètres, dressée comme la proue d’un navire de pierre figé dans le ciel andalou. Le sentier serpente d’abord sous les pins, puis s’élève lentement vers cette silhouette qui domine la Sierra de Segura. On ne gravit pas le Yelmo par hasard : on vient y chercher le face-à-face avec l’icône la plus photographiée du parc naturel des Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas.
Infos pratiques : El Yelmo (1 809 m)
Le Trek
De Segura de la Sierra au pied de la face
La randonnée débute au cœur de Segura de la Sierra, village classé parmi les Plus Beaux Villages d’Espagne, perché à 1 100 mètres d’altitude. Les ruelles blanches s’éveillent à peine quand les premiers rayons frappent le château médiéval qui couronne la colline. On quitte les dernières maisons par un chemin empierré qui longe les oliveraies en terrasses — les troncs noueux témoignent de siècles de culture andalouse. Le balisage, discret mais régulier, guide le marcheur vers l’ouest.
Après une vingtaine de minutes, le sentier plonge dans une pinède méditerranéenne où l’ombre fraîche contraste avec la chaleur sèche de l’air ambiant. Le sous-bois sent la résine et la terre rouge. La pente s’accentue progressivement sans jamais devenir pénible — le dénivelé se répartit sur la longueur du parcours. Les premiers affleurements calcaires apparaissent sous les aiguilles de pin, annonçant la nature du terrain à venir.
Au bout d’une heure et demie de marche, la forêt s’ouvre sur une clairière naturelle. C’est là, au pied de la face sud-est, que le Yelmo se dévoile dans toute sa verticalité. La paroi calcaire se dresse soudainement au-dessus des pins, lisse et grise, striée de fissures verticales où nichent les vautours fauves. Le contraste entre l’horizontalité du plateau et cette muraille abrupte saisit le regard. On fait une pause méritée, le temps de mesurer l’échelle du géant qui nous surplombe.
L’ascension de la crête sud
L’itinéraire contourne la face par le sud et attaque la crête méridionale, seule voie d’accès à pied au sommet. Le sentier quitte définitivement le couvert forestier et s’élance sur une arête rocheuse où le calcaire affleure de toutes parts. Les marques de peinture jaune et blanche guident le pas sur la pierre grise, parfois patinée par le passage des randonneurs. Les sections les plus redressées obligent à poser les mains, sans que l’on puisse parler d’escalade — le terrain reste accessible à tout marcheur familier des sentiers de montagne.
La progression sur la crête offre des échappées de plus en plus vastes. Vers l’est, la vallée du Guadalquivir s’étire en contrebas, ruban argenté bordé de champs d’oliviers qui s’étendent jusqu’aux premiers contreforts de Castille-La Manche. Vers le nord, les sommets de la Sierra de Cazorla s’alignent en vagues successives, certains dépassant les 2 000 mètres. Le vent de l’altitude commence à se faire sentir, porteur d’une fraîcheur bienvenue après l’effort de la montée.
Les derniers mètres avant le sommet se jouent sur un fil rocheux d’une largeur de deux ou trois mètres, entre le vide de la face nord et la pente plus douce du versant sud. Le passage tient en haleine sans être technique : le rocher offre de bonnes prises, et le regard, aimanté par le précipice, ne peut s’empêcher de plonger dans l’à-pic. Quelques genévriers accrochés aux anfractuosités témoignent de la résilience du vivant dans ce milieu minéral hostile.
Le sommet et la face nord
Le sommet du Yelmo, à 1 809 mètres, n’est qu’une étroite plateforme calcaire. On y tient à quelques-uns, debout face au vent, le regard balayant un panorama qui justifie chaque goutte de sueur. Au nord, la face plonge verticalement sur 200 mètres dans le vide — une coupe franche, nette, comme si la montagne avait été tranchée au couteau. Cette paroi, visible à des kilomètres à la ronde, constitue l’emblème photographique de la région tout entière.
Par temps clair, le regard porte jusqu’aux sommets enneigés de la Sierra Nevada, loin au sud. Plus près, on distingue le lac d’El Tranco, retenue turquoise sertie entre les crêtes calcaires, et les méandres naissants du Guadalquivir qui entame ici sa longue course vers l’Atlantique. La Sierra de Cazorla déploie ses reliefs en une succession de crêtes découpées, où le vert sombre des pins alterne avec le gris pâle des affleurements rocheux.
Le Yelmo doit son nom — heaume en espagnol — à sa silhouette caractéristique vue du nord : un casque de pierre coiffant la montagne. Les grimpeurs viennent du monde entier pour s’attaquer à ses voies d’escalade, dont certaines parmi les plus exigeantes d’Andalousie. Mais depuis le sommet, ce sont surtout les vautours fauves qui animent la paroi, tournoyant dans les ascendances thermiques, parfois si proches qu’on entend le froissement de leurs plumes dans l’air.
Redescente
La descente emprunte le même itinéraire que la montée, mais la lumière de l’après-midi en change toute la lecture. La face nord, que l’on devinait sans la voir pendant l’ascension, s’offre maintenant en pleine lumière, révélant des détails que l’ombre du matin cachait encore : cannelures sculptées par l’érosion, taches de lichen orange sur la roche grise, fissures où s’accrochent des touffes de graminées folles.
Le retour par la crête sud demande la même attention que la montée, surtout dans les passages où le calcaire, poli par le passage, peut devenir glissant. On reprend pied dans la pinède avec un sentiment de soulagement mêlé de gratitude — la forêt enveloppe le marcheur de son ombre odorante, et les oliveraies de Segura apparaissent bientôt en contrebas, annonçant le retour à la civilisation. Une dernière halte sur les remparts du château, le temps d’un dernier regard vers le Yelmo qui s’embrase dans le soleil couchant, et la boucle est bouclée.
Bon à savoir
Voici l’essentiel à connaître avant de vous lancer sur le sentier du Yelmo. Le parcours est accessible aux randonneurs de niveau intermédiaire, mais il exige une bonne condition physique en raison du dénivelé et de la nature parfois technique du terrain calcaire. La section de crête finale, bien que non exposée, demande un pied sûr et l’absence de vertige. Prévoyez un départ matinal pour profiter des meilleures lumières sur la face et éviter les heures les plus chaudes de l’après-midi en été.
| Information | Détail |
|---|---|
| Départ | Segura de la Sierra, parking à l’entrée du village |
| Balisage | Marques jaunes et blanches (PR-A 149), bien visible |
| Eau | Aucun point d’eau sur le parcours — prévoir 2 litres minimum par personne |
| Équipement | Chaussures de randonnée montantes, bâtons utiles pour la descente |
| Saison | De mai à octobre. Éviter juillet-août aux heures chaudes (départ à l’aube recommandé) |
| Accès | Depuis Úbeda ou Cazorla, prendre l’A-6203 jusqu’à Segura de la Sierra |
| Hébergement | Plusieurs casas rurales dans Segura de la Sierra et les villages alentour |
À voir à proximité
Le parc naturel des Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas regorge de sentiers remarquables. Depuis Segura de la Sierra, trois autres itinéraires méritent le détour. La source du Guadalquivir, à une trentaine de kilomètres au sud, offre une randonnée facile dans un cadre de forêts de pins et de prairies d’altitude. Le Pico Cabañas, sommet panoramique par excellence, déploie une vue à 360 degrés sur l’ensemble du massif. Enfin, les gorges du Río Borosa et la Cerrada del Utrero constituent la randonnée la plus emblématique du parc avec leurs tunnels creusés dans la roche et leurs eaux cristallines. Un détour par le village de Hornos, classé parmi les Plus Beaux Villages d’Espagne, complète agréablement une journée dans la Sierra de Segura.
- Nacimiento del Guadalquivir : randonnée à la source du fleuve andalou
- Pico Cabañas (2 027 m) : sommet panoramique de la Sierra de Cazorla
- Río Borosa : randonnée dans les gorges de la Cerrada del Utrero
Crédits
Le parc naturel des Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas a été classé Réserve de Biosphère par l’UNESCO en 1983, puis déclaré parc naturel en 1986. Avec ses 209 920 hectares, il constitue le plus vaste espace protégé d’Espagne et le deuxième d’Europe. Le toponyme El Yelmo signifie « le heaume » en espagnol, en référence à la forme de casque que dessine la paroi calcaire vue depuis le nord. La face du Yelmo est également un haut lieu de l’escalade andalouse, avec plusieurs voies ouvertes dans les années 1970 et 1980, dont certaines parmi les plus exigeantes du sud de l’Espagne. Les informations d’itinéraire proviennent des relevés terrain et de la documentation officielle du parc naturel. La randonnée suit le sentier balisé PR-A 149, entretenu par la Junta de Andalucía, et reste praticable toute l’année en dehors des périodes de neige. Le départ depuis Segura de la Sierra permet de combiner aisément la randonnée avec la visite de ce village médiéval classé.