Tu poses ton sac sur le pavé de la place du Dôme à Brixen. La cathédrale baroque rose se dresse derrière toi. Devant, les premiers contreforts des Dolomites. Pas de foule. Pas de départ solennel. Juste le bruit de tes bâtons sur les dalles et l’envie de monter.
Là-haut, des légendes t’attendent. L’Alta Via 2 traverse le parc naturel de Puez-Geisler et le parc des Dolomites. On l’appelle la route des légendes parce que chaque vallée raconte une histoire de gnomes, de rois et de géants de pierre. Mais en vrai, c’est le terrain qui parle. Plus sauvage que sa célèbre voisine, l’AV2 ne te fait aucun cadeau.
180 kilomètres, dix à douze jours de marche, des via ferratas qui surplombent le vide et des nuits en rifugio à 2500 m. C’est celle qui se mérite. Et c’est pour ça que tu es là.
Pourquoi l’Alta Via 2
L’AV2 est plus alpine que l’AV1. Moins de chemins, plus de rochers, davantage de dénivelé technique. Les sentiers qui grimpent directement dans la paroi. Les mains qui cherchent une prise, le vide en contrebas. C’est ça, l’Alta Via 2.
Tu croises moins de monde. Les refuges sont plus petits, les conversations plus vraies. Les paysages s’étendent à perte de vue : crètes déchiquetées du Puez, tours du Sella, cimes du parc des Dolomites. Pas un regard qui ne bute sur une montagne.
Pour qui ? Le randonneur expérimenté qui a déjà fait l’AV1 et cherche plus de piquant. L’amateur de via ferrata qui veut enchaîner les passages équipés en haute altitude. Ceux qui préfèrent le silence à la queue aux refuges. L’AV2 est faite pour toi.
Accès et départ
Départ : Brixen (Bressanone). La ville est desservie par le train (ligne Brenner-Innsbruck-Vérone). Depuis l’Italie, train direct depuis Bolzano (30 min). Depuis l’Autriche, train depuis Innsbruck (1 h 30). La gare est en centre-ville, à 10 minutes à pied de la cathédrale.
Arrivée : Feltre. Petite ville au pied des Dolomites méridionales. Une gare sur la ligne Vérone-Belluno, avec correspondances vers Venise (2 h 30), Trévise et Padoue. Compter une journée de transport pour rentrer à Brixen (bus + train, env. 4-5 h).
Le Trek
Infos topo
Infos pratiques — Alta Via 2
Jours 1-2 : Brixen → Rifugio Plose → Rifugio Puez (via ferrata du Stevia)
Tu quittes Brixen par le sentier qui grimpe dans les alpages. La forêt de mélèzes cède la place aux prairies. Première montée sérieuse vers le refuge Plose, à 1 800 m. Tu poses ton sac, tu bois l’eau de source, tu regardes la vallée s’éloigner.
Le deuxième jour, les choses sérieuses commencent. La via ferrata du Stevia est la première épreuve. Un couloir rocheux équipé d’un câble, quelques passages en travers et une sortie sur un plateau d’altitude. Casque, baudrier, mousquetons : c’est le moment de vérifier ton matos. La vue au sommet récompense l’effort.
Tu arrives au Rifugio Puez (2 475 m) en fin d’après-midi. Il est accroché au flanc du massif. Le repas du soir est simple : knödel et vin rouge. Dehors, le soleil teinte les tours de Puez en orange.
Jours 3-4 : Puez → Col de Pordoi
Tu traverses le parc naturel de Puez-Geisler. Les sentiers courent sur des crètes calcaires. Le paysage est lunaire. Pas un arbre. Juste des dalles blanches et un ciel immense. Tu marches dans la géologie des Dolomites.
Descente vers le col Gardena, passage par Selva et la vallée. Puis remontée raide vers le groupe du Sella. Le sentier 666 te mène sous les parois ouest. Les tours de Sella se succèdent, gigantesques. Tu atteins le col de Pordoi par un balcon suspendu au-dessus du vide.
Le col de Pordoi (2 239 m) est un carrefour touristique. Ne t’arrête pas. Continue vers le rifugio Flavona ou le rifugio Boé. La foule reste en bas. Toi, tu dors dans le silence des hauteurs.
Jours 5-7 : Traversée du parc des Dolomites, via ferrata, refuges
Le cœur du trek. Tu entres dans le parc national des Dolomites. Le terrain devient plus technique. Les sentiers s’accrochent aux falaises. Plusieurs via ferratas ponctuent le parcours : celle du Tridentina, la ferrata delle Mèisules. Chaque passage est un jeu d’équilibre entre concentration et émerveillement.
Les refuges s’égrainent : Averau, Nuvolau, Città di Fiume. Celui du Nuvolau (2 575 m) est l’un des plus haut perchés des Dolomites. Le coucher de soleil sur les Cinque Torri est une expérience que tu n’oublieras pas. Les montagnes autour de toi brillent d’une lumière rose puis pourpre.
Tu passes par le plateau de Fanes, terre de légendes ladines. Les bergers racontent que les rois y cachent encore leurs trésors. Tu marches sur des alpages où les marmottes sifflent. L’air est sec, le vent fort. Tu te sens minuscule.
Les journées sont longues, 6 à 8 heures de marche. Les dénivelés cumulés frôlent les 1 200 m par jour. Tu t’endors avant le dessert. Et tu recommences le lendemain.
Jours 8-10 : Dolomites méridionales, descente vers Feltre
La dernière partie bascule vers le sud. Le relief s’adoucit sans jamais devenir facile. Tu longes les pentes du Mont Pavione, dernier sommet notable avant le plat. Les forêts de hêtres remplacent les rochers. L’odeur change. L’air devient plus humide.
Tu passes le refuge Dal Piaz, puis le refuge Senn Médio. Les sentiers sont moins balisés. Il faut lire la carte. Tu croises des bergers, des troupeaux. Le paysage se ferme. La Vénétie t’accueille avec ses collines.
Feltre apparaît dans la vallée. Une ville rouge et ocre, posée au bord de la plaine. La descente est longue, environ 1 500 m de dénivelé négatif. Tu arrives les jambes lourdes, les épaules marquées par le sac. Mais tu arrives.
Les dix derniers kilomètres sont les plus longs. Tu penses aux refuges, aux via ferratas, aux levers de soleil sur les crètes. Tu as traversé les Dolomites du nord au sud. Personne ne te l’enlèvera.
Bon à savoir
Réservation des refuges
Obligatoire. Sans exception. Les rifugi de l’AV2 sont petits et souvent complets. Réserve un mois à l’avance en juillet-août. En juin et septembre, deux semaines suffisent. La meilleure option : le site des refuges du CAI ou un appel direct. Ne compte pas sur une place libre le jour même.
Équipement via ferrata
Casque, baudrier, longes avec absorbeur d’énergie, mousquetons. Le baudrier est obligatoire sur plusieurs sections, notamment la via ferrata du Stevia et les passages équipés du parc des Dolomites. Si tu n’as pas le matos, tu loues à Brixen (plusieurs magasins en centre-ville). Ne tente pas ces passages sans équipement.
Eau et ravitaillement
L’eau est disponible dans les refuges. Sur le sentier, les points d’eau sont rares. Emporte 2 litres minimum. Tu trouves des sources en haute montagne au printemps, mais en août elles peuvent être à sec. Les refuges vendent des snacks et des fruits secs, mais les quantités sont limitées. Prévois ton ravitaillement pour les étapes isolées.
Météo
Le temps change vite dans les Dolomites. Un orage peut éclater à 14h et tout balayer. Pars tôt (6h-7h) et sois à l’abri avant 15h. Les via ferratas deviennent dangereuses sous la pluie. Consulte les prévisions au refuge avant de t’engager. En cas d’orage, tu attends. Toujours.
Transport retour Feltre → Brixen
Depuis Feltre, train vers Belluno (30 min). À Belluno, bus vers Bolzano (2 h). De Bolzano, train pour Brixen (30 min). Compter 4 à 5 heures et environ 25-30 €. Une navette privée existe aussi, plus chère (80-100 €, 2 h de route).
Où dormir
À voir à proximité
- Alta Via 1 — le plus célèbre des treks des Dolomites, plus accessible, moins technique. 120 km de refuges en refuges, du Braies à Belluno. Un complément idéal à l’AV2.
- Tre Cime di Lavaredo — le symbole des Dolomites. Trois tours de pierre qui dominent le parc. Une journée de randonnée accessible depuis le rifugio Auronzo.
- Lago di Braies — lac émeraude au nord du parc. Célèbre pour ses eaux claires et son cadre grandiose. Arrive tôt le matin pour éviter la foule.