Vous êtes sur le toit de l’Aubrac. À 1 469 mètres d’altitude, le Signal de Mailhebiau s’élève au-dessus de l’immense plateau basaltique comme un phare de pierre au milieu d’un océan de prairies. Autour de vous, à perte de vue, les ondulations vertes du volcan éteint se déploient jusqu’à l’horizon : les Monts de la Margeride au sud, les gorges de la Truyère à l’ouest, le Plomb du Cantal par temps dégagé. Le vent souffle, rasant les herbes rases, et le silence n’est troublé que par le sifflement lointain d’un milan royal.
Vous venez de gravir l’une des randonnées les plus accessibles du Massif central pour gagner le point culminant de tout l’Aubrac. En moins de deux heures trente : 8 kilomètres aller-retour, 300 mètres de dénivelé : vous avez quitté la station de Brameloup pour marcher sur la plus haute cime d’un plateau qui s’étend sur quatre départements. L’effort est doux, progressif, presque apaisant : une montée régulière dans un paysage lunaire de vastes étendues herbeuses parsemées de fleurs sauvages, de tourbières et de troupeaux de vaches aubrac. Ici, le temps semble suspendu. La randonnée est une échappée hors du monde, une immersion dans la solitude élégante des hauts plateaux volcaniques.
Infos pratiques : Signal de Mailhebiau
Le Trek
Pourquoi le Signal de Mailhebiau
Le Signal de Mailhebiau n’est pas une montagne au sens alpin du terme. Il n’a ni paroi verticale, ni arête dentelée, ni glacier accroché à ses flancs. C’est une bosse à peine marquée sur l’immense table basaltique de l’Aubrac, une protubérance volcanique arrondie par des millions d’années d’érosion. C’est le point le plus haut du plateau, le lieu d’où le regard porte le plus loin, l’endroit où l’on mesure vraiment l’étendue de cet étrange paysage de haute terre.
Ce qui fait la force de cette randonnée, c’est sa simplicité. Huit kilomètres aller-retour, un dénivelé modeste de 300 mètres, un sentier large et bien tracé : le Signal de Mailhebiau se gravit en deux heures trente de marche sur un sentier balisé. Enfants, familles, randonneurs occasionnels : tout le monde peut poser le pied au sommet de l’Aubrac sans souffrir. C’est une randonnée d’éveil, une première fois, un moment de partage. Le cadre n’a rien d’une promenade de santé : les paysages sont d’une ampleur qui coupe le souffle, le vent a une vigueur qui rappelle qu’on est en montagne, et le sentiment d’être seul au monde, au milieu de ces étendues herbeuses à perte de vue, est absolu.
Pour le randonneur confirmé, le Mailhebiau est aussi une porte d’entrée vers les grands espaces de l’Aubrac. On peut l’intégrer dans une boucle plus longue, le combiner avec les lacs de Born ou des Herms, ou le prendre comme étape d’un séjour de plusieurs jours sur le GR® 400 ou le GR® 65. C’est un sommet que l’on gagne facilement, mais que l’on n’oublie pas.
L’Aubrac est un monde à part. Hors des sentiers battus du tourisme de masse, loin des foules du Mont Blanc ou des calanques, le plateau offre une expérience de montagne dépouillée, presque mystique. Le Signal de Mailhebiau en est la clé de voûte : un sommet modeste par l’effort, immense par ce qu’il donne à voir. C’est pour cela qu’il faut le faire.
Accès et départ
La randonnée du Signal de Mailhebiau part de la station de Brameloup, sur la commune de Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère (48). Brameloup est une petite station de ski familiale, posée à 1 200 mètres d’altitude sur le flanc sud-ouest du plateau de l’Aubrac. En été, la station s’anime autour de ses activités de pleine nature : VTT, randonnée, accrobranche. Le parking du front de neige, vaste et gratuit, est le point de départ recommandé.
- Départ : Station de Brameloup, parking du front de neige (1 200 m). GPS : 44°39′51″ N, 3°06′23″ E (44.6642° N, 3.1064° E).
- Sommet : Signal de Mailhebiau (1 469 m). GPS : 44°40′55″ N, 3°05′14″ E (44.6819° N, 3.0872° E).
- En voiture : Brameloup est accessible par la D 987 depuis Saint-Chély-d’Apcher (12 km, 15 min). Depuis l’A75, sortie 30 « Saint-Chély-d’Apcher » puis suivre la direction « Brameloup : Station de l’Aubrac ».
- En train : Gare de Saint-Chély-d’Apcher (ligne Béziers – Clermont-Ferrand). Comptez 20 min en taxi ou navette estivale jusqu’à Brameloup (vérifier les horaires à l’office de tourisme).
- En avion : Aéroports de Rodez-Aveyron (1h de route), Clermont-Ferrand (1h30) ou Mende (45 min).
- Stationnement : Parking gratuit du front de neige, grande capacité. En juillet-août, arrivez avant 10h pour garantir une place.
L’ascension
Vous lacez vos chaussures sur le parking de Brameloup, face à l’immense pelouse du front de neige. Devant vous, la pente s’élève doucement vers le plateau, une large ondulation verte qui cache encore le sommet. Le sentier du Signal de Mailhebiau est le PR balisé en jaune qui débute à l’extrémité du parking, côté est, à côté du panneau d’information de la station. Vous entamez la montée par un large chemin de terre qui longe les remontées mécaniques éteintes. L’air est vif, même en plein été. L’Aubrac ne connaît pas les chaleurs étouffantes des plaines : à 1 200 mètres, la température dépasse rarement 25°C.
De Brameloup au plateau (km 0 à km 1,5)
Les 500 premiers mètres sont les plus raides du parcours. Le chemin s’élève en pente régulière le long de la prairie où glissent les têleskis en hiver. Vous dépassez rapidement les derniers buildings de la station et bientôt, vous êtes seul sur le plateau. La station de Brameloup rapetisse en contrebas, ses toits de tuiles rouges se fondent dans le vert des prairies. Au km 1, le sentier quitte la zone des remontées et bascule sur le plateau proprement dit. La pente s’adoucit, le terrain s’ouvre. Vous marchez désormais sur un tapis d’herbe rase, parsemé de fleurs sauvages : gentianes bleues, narcisses jaunes, pensées des Alpes : qui colorent le paysage du printemps à la fin de l’été.
Le chemin est bien marqué, entretenu par la communauté de communes. Il serpente entre les bosses du plateau, évite les zones humides par endroits. Ne quittez pas le sentier : les tourbières de l’Aubrac sont fragiles et certains secteurs, classés Natura 2000, abritent une flore protégée. Le balisage jaune est régulier : des marques sur de petites bornes en bois fichées dans la prairie. Par vent fort ou brume, elles sont vos meilleurs alliés.
La traversée du plateau (km 1,5 à km 3)
Le sentier file maintenant à l’horizontale sur le dos du plateau, entre 1 250 et 1 300 mètres d’altitude. Les troupeaux de vaches aubrac : robe froment, yeux cerclés de noir, cornes en lyre : paissent en liberté autour de vous. Leur cloches sonnent un carillon discret, une musique qui vous accompagne tout au long de la marche. Les vaches de l’Aubrac sont curieuses mais placides : elles lèvent la tête, vous regardent passer, puis retournent à leur herbe.
À votre gauche, vers l’ouest, la vue s’étend sur la vallée du Lot et les contreforts de l’Aubrac. Au loin, par temps clair, on distingue la chaîne des Puys et le Sancy. À droite, au nord-est, les Monts de la Margeride ferment l’horizon avec leur ligne sombre et boisée. Le sentier traverse plusieurs ruisseaux à sec en été, mais qui bouillonnent au printemps lors de la fonte des neiges. Des passerelles en bois permettent de franchir les plus larges. Au km 2,5, vous croisez la première des deux bifurcations importantes : un chemin qui part vers la droite en direction du lac de Born (variante possible pour une boucle plus longue). Vous, vous continuez tout droit.
Le ciel de l’Aubrac est un spectacle en soi. Les nuages y filent à toute allure, poussés par le vent d’ouest qui balaie le plateau sans obstacle. Les ombres courent sur l’herbe, dessinant un jeu de lumière perpétuel qui transforme le paysage à chaque minute. Ne manquez pas de vous retourner régulièrement : la vue en direction de Brameloup et de la vallée du Lot s’élargit à mesure que vous gagnez en altitude.
La montée finale vers le sommet (km 3 à km 4)
À partir du km 3, le sentier amorce une légère inclinaison vers le nord-ouest. Le Signal de Mailhebiau apparaît enfin devant vous : une bosse arrondie, presque insignifiante au milieu de l’étendue, surmontée d’un piquet de bois et d’une croix métallique. La montée finale est la partie la plus pentue du parcours après le départ, mais elle reste modeste : 150 mètres de dénivelé sur un kilomètre. Le sentier devient plus caillouteux, le basalte affleure par plaques. Les derniers mètres se font sur un tapis d’herbe rase où le vent redouble d’intensité.
En approchant du sommet, vous remarquez les traces d’une ancienne activité volcanique : des pierres noires, des morceaux de basalte aux arêtes vives, une terre rougeâtre qui témoigne de la présence ancienne du feu sous vos pieds. L’Aubrac est un volcan éteint depuis le Pléistocène, et le Signal de Mailhebiau est le point le plus haut de ce bouclier basaltique qui s’étend sur 2 000 km².
Vous arrivez au sommet par le sud. La croix métallique se dresse face à vous, plantée dans un socle de pierres. Une petite table d’orientation en émail, patinée par les intempéries, indique les directions et les altitudes des principaux sommets visibles. C’est le moment de poser le sac, de sortir le pique-nique, et de s’asseoir face au vent pour contempler ce que vous êtes venus chercher : la vue à 360 degrés sur l’un des plus beaux panoramas du Massif central.
Le sommet
Vous voilà au point culminant de l’Aubrac. 1 469 mètres. Le souffle coupé par le vent, les yeux plissés par la lumière, vous embrassez du regard tout le plateau. Le spectacle est d’une ampleur quasi maritime : des vagues de prairies qui roulent à l’infini, des taches sombres des bois de hêtres, le miroitement des lacs éparpillés comme des éclats de verre.
La table d’orientation, bien que métée par les ans, reste lisible. Elle vous guide dans la lecture du paysage :
- Au nord : les Monts du Cantal, avec le Plomb du Cantal (1 855 m) et le Puy Mary (1 783 m) qui se découpent à l’horizon par temps clair. Entre eux, la vallée de la Truyère, profonde et boisée.
- À l’est : la Margeride, massif granitique aux lignes douces, et le Mont Mouchet (1 465 m), haut lieu de la Résistance.
- Au sud : la vallée du Lot et les Causses, avec le viaduc de Garabit qui barre l’horizon, et par-delà, les monts de l’Aigoual par grande visibilité.
- À l’ouest : le plateau de l’Aubrac proprement dit, avec ses lacs (lac des Herms, lac de Born, lac de Saint-Andéol), et les premières pentes du Lévézou.
Au sommet, la croix métallique est devenue un point de ralliement. Les randonneurs s’y prennent en photo, les familles y partagent un goûter, les solitaires s’assoient à l’écart, le visage offert au vent. C’est un lieu de convergence, un petit sommet qui rassemble. Les vaches aubrac viennent parfois s’y frotter, attirées par l’afflux de randonneurs et les quelques restes de pique-nique.
Prenez le temps. Ce n’est pas tous les jours que vous posez le pied sur le toit de l’Aubrac. Asseyez-vous dos à la croix, face au sud, et regardez le vent courber l’herbe. Les sons portent loin ici : les cloches des vaches, un appel d’enfant, le souffle régulier du vent. Rien d’autre. C’est cela, l’Aubrac : un silence habitable, une paix qui vous suit bien après être redescendu.
La descente
La descente emprunte le même chemin que la montée, sur 4 kilomètres en sens inverse. Elle est rapide, sans dénivelé supplémentaire. Vous pouvez la boucler en 45 minutes à 1 heure si vous ne vous attardez pas. Il serait dommage de ne pas profiter de la lumière changeante qui transforme le plateau en fin de journée.
En redescendant, le regard glisse sur les mêmes paysages vus sous un angle nouveau. Ce qui était montée devient un chemin qui s’offre. Les troupeaux se sont peut-être déplacés, la lumière a changé, les ombres se sont allongées. Au km 5 (retour), vous retrouvez la bifurcation vers le lac de Born. Si le temps le permet et que les mollets sont encore frais, vous pouvez ajouter une boucle de 3 km par ce lac annexe, ce qui porte la randonnée à 11 km pour une durée totale de 3h30.
Si vous restez sur l’itinéraire principal, vous retrouvez Brameloup vers le km 8. Les derniers 500 mètres sont en descente le long des remontées mécaniques. La station vous accueille avec ses terrasses de café et ses glaciers. Une bière fraîche sur la terrasse de l’hôtel-restaurant de Brameloup, face au plateau que vous venez de parcourir, est la façon recommandée de conclure cette ascension du toit de l’Aubrac.
À voir à proximité
Depuis le Signal de Mailhebiau, les lacs des Herms et de Born offrent une balade familiale autour de plans d’eau glaciaires nichés dans les estives. La cascade du Déroc, à 30 minutes de route, plonge de 30 mètres dans une coulée basaltique saisissante. Le GR 400 Tour de l’Aubrac passe au pied du signal et permet d’enchaîner les étapes vers Nasbinals ou Laguiole. En hiver, les randonnées en raquettes dévoilent un plateau transformé par la neige. Les burons de l’Aubrac, anciennes fermes d’estive en pierre de basalte, jalonnent les pentes autour du signal et rappellent le passé pastoral du plateau. Plusieurs d’entre eux, restaurés, produisent encore le laguiole AOP dans les pâturages alentour.
À quelques kilomètres au nord, la tourbière des Roussilles dévoile un écosystème fragile de sphaignes et de linaigrettes, accessible par un sentier sur caillebotis. Le village de Saint-Chély-d’Aubrac, avec son pont des Pèlerins classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, mérite un détour pour son église romane et ses ruelles pavées.
Bon à savoir
| Info | Détail |
|---|---|
| Altitude | 1 469 m |
| Départ | Brameloup (1 280 m) |
| Distance | 4 km A/R |
| Dénivelé | 200 m |
| Durée | 2 h |
| Meilleure saison | Mai à octobre |
Le plateau de l’Aubrac peut être venté même en été ; prévoyez une veste coupe-vent. Le balisage jaune et blanc du GR 400 est bien visible, mais le brouillard peut tomber rapidement sur le plateau. La table d’orientation au sommet permet d’identifier les principaux sommets : Plomb du Cantal, Puy Mary, monts de la Margeride. Le parking de Brameloup est gratuit et dispose de toilettes en saison estivale. Les chiens sont admis en laisse, mais la présence de troupeaux en estive impose la vigilance de juin à septembre.
La station de ski de fond de Brameloup, la plus haute du Massif central, permet de pratiquer le ski nordique de décembre à mars sur 100 km de pistes balisées. Pour les randonneurs au long cours, le gîte d’étape de Brameloup propose 30 couchages et une cuisine équipée, idéal pour une halte sur le GR 400.
Crédits
Classé Géoparc mondial UNESCO en 2018, l’Aubrac est un plateau volcanique façonné par des siècles de pastoralisme. Le Signal de Mailhebiau, point culminant à 1 469 m, offre un panorama à 360° sur les monts du Cantal, la Margeride et, par temps clair, les volcans d’Auvergne. Le GR 400 et le GR 65 (Chemin de Saint-Jacques) traversent ce territoire de burons et de drailles. Les troupeaux de vaches Aubrac, reconnaissables à leur robe froment et leurs cornes en lyre, animent le plateau de mai à octobre, perpétuant une tradition pastorale millénaire. Le GR 65, itinéraire mythique du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, traverse le plateau de l’Aubrac entre Aumont-Aubrac et Nasbinals, offrant aux marcheurs des étapes dans des villages de caractère aux maisons de basalte. La transhumance, fêtée chaque 25 mai sur le plateau de l’Aubrac, reste un événement majeur qui attire des milliers de visiteurs. La Maison de l’Aubrac, située au village d’Aubrac, propose une exposition permanente sur la géologie du plateau et l’histoire du pastoralisme.